A Grammar of the Archaeological Record (Version 2, Beta release)

References

Excerpts

Giorgio Buccellati – July 2026

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Introduction


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F


Foucault, M.

1969 L'archéologie du savoir. Pp. 14-20


Foucault gives here his definitions of history and archaeology.

Archaeology used to deal with fragments with a “historical” intent: reconstitute them into unity. He does not say what archaeology is in his own time (1969):it was actually the time when

history used to interpret "things" Disons pour faire bref que l’histoire, dans sa forme traditionnelle, entreprenait de «mémoriser» les monuments du passé, de les transformer en documents et de faire parler ces traces qui, par elles-mêmes, souvent ne sont point verbales, ou disent en silence autre chose que ce qu’elles disent;
today, history looks at the fragments and seeks to reconstitute wholes de nos jours, l’histoire, c’est ce qui transforme les documents en monuments, et qui, là où on déchiffrait des traces laissées par les hommes, là où on essayait de reconnaitre en creux ce qu’ils avaient été, déploie une masse d’éléments qu’il s’agit d’isoler, de grouper, de rendre pertinents, de mettre en relations, de constituer en ensembles.
archaeology aimed to give unity to the fragments Il était un temps où l’archéologie, comme discipline des monuments muets, des traces inertes, des objets sans contexte et des choses laissées par le passé, tendait à l’histoire et ne prenait sens que par la restitution d’un discours historique ;
today history aims prioritize the fragments on pourrait dire, en jouant un peu sur les mots, que l’histoire, de nos jours, tend à l’archéologie,– à la description intrinséque du monument.


First implication:

A cela plusieurs conséquences. Et d’abord l’effet de surface qu’on a déjá signalé : la multiplication des ruptures dans l’histoire des idées, la mise au jour des périodes longues dans l’histoire proprement dite. Celle-ci, en effet, sous sa forme traditionnelle se donnait pour tache de définir des relations (de causalità simple, de détermination circulaire, d’antagonisme, d’expression) entre des faits ou des événements datés : la sèrie étant donnée, il s’agissait de préciser le voisinage de chaqué élément. Désormais le problème est de constituer des series : de définir pour chacune ses éléments, d’en fixer les bornes, de mettre au jour le type de relations qui lui est spécifique, d’en formuler la loi, et, au-delà, de décrire les rapports entre différentes séries, pour constituer ainsi des séries de séries, ou des « tableaux » : de là la multiplication des strates, leur décrochage, la spécificité du temps et des chronologies qui leur sont propres; de là la nécessité de distinguer non plus seulement des événements importants (avec une longue chaine de conséquences) et des événements minimes, mais des types d’événements de niveau tout à fait diffé- rent (les uns brefs, les autres de durée moyenne, comme l’expansion d’une technique, ou une raréfaction de la monnaie, les autres enfin d’allure lente comme un équilibre démographique ou l’ajustement progressif d’une économie à une modifìcation du climat); de là la possibilité de faire apparaítre des séries à repères larges constituées d’événements rares ou d’événements répé- titifs. L’apparition des périodes longues dans l’histoire d’aujourd’hui n’est pas un retour aux philosophies de l’histoire, aux grands ages du monde, ou aux phases presentes par le destin des civilisations; c’est l’effet de l’élaboration, méthodologiquement concertée, des séries. Or dans l’histoire des idées, de la pensée, et des Sciences, la mème mutation a provoqué un effet inverse : elle a dissocié la longue sèrie constituée par le progrès de la conscience, ou la téléologie de la raison, ou l’évolution de la pensée humaine; elle a remis en question les thèmes de la convergence et de l’accomplissement; elle a mis en doute les possibilités de la totalisation. Elle a amené l’individualisation de séries différentes, qui se juxtaposent, se succèdent, se chevauchent, s’entrecroisent sans qu’on puisse les réduire à un schèma linéaire. Ainsi sont apparues, à la place de cette chronologie continue de la raison, qu’on faisait invariablement remonter à l’inaccessible origine, à son ouverture fondatrice, des échelles parfois brèves, distinctes les unes des autres, rebelles à une loi unique, porteuses souvent d’un type d’histoire qui est propre à chacune, et irréductibles au modéle général d’une conscience qui acquiert, progresse et se souvient.
Seconde conséquence : la notion de discontinuité prend une place majeure dans les disciplines historiques. Pour l’histoire dans sa forme classique, le discontinu était à la fois le donné et l’impensable : ce qui s’offrait l’espèce des événements dispersés – décisions, découvertes; et ce qui devait ètre, par l’analyse, contourné, réduit, effacé pour qu’apparaisse la continuité des événements. La discontinuité, c’était ce stigmate de l’éparpillement temporei que l’historien avait à charge de supprimer de l’histoire. Elle est devenue maintenant un des éléments fondamentaux de l’analyse historique. Elle y apparait sous un triple róle. Elle constitue d’abord une opération délibérée de l’historien (et non plus ce qu’il re$oit malgré lui du matériau qu’il a à traiter) : car il doit, au moins à titre d’hypothèse systématique, distinguer les niveaux possibles de l’analyse, les méthodes qui sont propres à chacun, et les périodisations qui leur conviennent. Elle est aussi le résultat de sa description (et non plus ce qui doit s’éliminer sous l’effet de son analyse) : car ce qu’il entreprend de découvrir, ce sont les limites d’un processus, le point d’inflexion d’une courbe, l’inversion d’un mouvement régulateur, les bornes d’une oscillation, le seuil d’un fonctionnement, l’instant de dérèglement d’une causalité circulaire. Elle est enfìn le concept que le travail ne cesse de spécifier (au lieu de le négliger comme un blanc uniforme et indifférent entre deux figures positives) ; elle prend une forme et une fonction spécifiques selon le domaine et le niveau où on l’assigne : on ne parie pas de la mème discontinuité quand on décrit un seuil épistémologique, le rebroussement d’une courbe de population, ou la substitution d’une technique à une autre. Notion paradoxale que celle de discontinuité : puisqu’elle est à la fois instrument et objet de recherche; puisqu’elle délimite le champ dont elle est l’effet ; puisqu’elle permet d’individualiser les domaines, mais qu’on ne peut l’établir que par leur comparaison. Et puisqu’en fin de compte peut-ètre, elle n’est pas simplement un concept présent dans le discours de l’historien, mais que celui-ci en secret la suppose : d’où pourrait-il parler, en effet, sinon à partir de cette rupture qui lui offre comme objet l’histoire — et sa propre histoire? Un des traits les plus essentiels de l’histoire nouvelle, c’est sans doute ce déplacement du discontinu : son passage de l’obstacle à la pratique; son intégration dans le discours de l’historien où il ne joue plus le róle d’une fatalité extérieure qu’il faut réduire, mais d’un concept opératoire qu’on utilise; et par là l’inversion de signes gràce à laquelle il n’est plus le négatif de la lecture historique (son envers, son échec, la limite de son pouvoir) mais l’élément positif qui détermine son objet et valide son analyse.
Troisième conséquence : le thème et la possibilité d’une histoire globale commencent à s’effacer, et on voit s’esquisser le dessin, fort différent, de ce qu’on pourrait appeler une histoire genérale. Le projet d’une histoire globale, c’est celui qui cherche à restituer la forme d’ensemble d’une civilisation, le principe — matériel ou spirituel — d’une société, la signification commune à tous les phénomènes d’une période, la loi qui rend compte de leur cohésion, — ce qu’on appelle métaphoriquement le « visage » d’une époque. Un tei projet est lié à deux ou trois hypothèses : on suppose qu’entre tous les événements d’une aire spatio-temporelle bien définie, entre tous les phénomènes dont on a retrouvé la trace, on doit pouvoir établir un système de relations homogènes : réseau de causalité permettant de dériver chacun d’eux, rapports d’analogie montrant comment ils se symbolisent les uns les autres, ou comment ils expriment tous un seul et mème noyau centrai; on suppose d’autre part qu’une seule et mème forme d’historicité emporte les structures économiques, les stabilités sociales, l’inertie des mentalités, les habitudes techniques, les comportements politiques, et les soumet tous au mème type de transíormation; on suppose enfin que l’histoire ellemème peut ètre articulée en grandes unités — stades ou phases — qui détiennent en elles-mèmes leur principe de cohésion. Ce sont ces postulats que l’histoire nouvelle met en question quand elle problématise les séries, les découpes, les limites, les dénivellations, les décalages, les spécificités chronologiques, les formes singulières de rémanence, les types possibles de relation. Mais ce n’est point qu’elle cherche à obtenir une pluralité d’histoires juxtaposées et indépendantes les unes des autres : celle de l’économie à coté de celle des institutions, et à coté d’elles encore celles des Sciences, des religions ou des littératures; ce n’est point non plus qu’elle cherche seulement à signaler entre ces histoires différentes, des coincidences de dates, ou des analogies de forme et de sens. Le problème qui s’ouvre alors — et qui définit la tàche d’une histoire générale — c’est de déterminer quelle forme de relation peut ètre légitimement décrite entre ces différentes séries; quel système vertical elles sont susceptibles de former; quel est, des unes aux autres, le jeu des corrélations et des dominances; de quel effet peuvent ètre les décalages, les temporalités différentes, les diverses rémanences; dans quels ensembles distincts certains éléments peuvent fìgurer simultanément ; bref, non seulement quelles séries, mais quelles « séries de séries » — ou en d’autres termes, quels « tableaux» il est possible de constituer. Une description globale resserre tous les phénomènes autour d’un centre unique — principe, signif ìcation, esprit, visión du monde, forme d’ensemble; une histoire générale déploierait au contraire l’espace d’une dispersión.
Enfin, dernière conséquence : l’histoire nouvelle rencontre un ccrtain nombre de problèmes méthodologiques dont plusieurs, à n’en pas douter, lui préexistaient largement, mais dont le faisceau maintenant la caracté- rise. Parmi eux, on peut citer : la constitution de corpus cohérents et homogènes de documents (corpus ouverts ou fermés, finis ou indéfinis), l’établissement d’un principe de choix (selon qu’on veut traiter exhaustivement la masse documentaire, qu’on pratique un échantillonnage d’après des méthodes de prélèvement statistique, ou qu’on essaie de déterminer a l’avance les éléments les plus représentatifs); la déìf nition du niveau d’analyse et des éléments qui sont pour lui pertinents (dans le matériau étudié, on peut relever les indications numériques; les références — explicites ou non — à des événements, à des institutions, à des pratiques; les mots employés, avec leurs règles d’usage et les champs sémantiques qu’ils dessinent, ou encore la structure formelle des propositions et les types d’enchainements qui les unissent); la spécification d’une méthode d’analyse (traitement quantitatif des données, décomposition selon un certain nombre de traits assignables dont on étudie les corrélations, déchiffrement interprétatif, analyse des fréquences et des distributions) ; la délimitation des ensembles et des sous-ensembles qui articulent le matériau étudié (régions, périodes, processus unitaires); la détermination des relations qui permettent de caractériser un ensemble (il peut s’agir de relations numériques ou logiques; de relations fonctionnelles, causales, analogiques; il peut s’agir de la relation de signifiant à signifié).

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